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12 / Les caprices du temps

Coupée du monde, j'entretenais un petit calepin, pour noter un peu tout. Mes pensées se couchaient là l'air de rien, une plume en liberté. Certes, le temps s'écoulait bien, mais ailleurs, car ici j'étais un peu comme dans une bulle et pour tout dire, je n'avais pas l'intention de m'en arracher. Un peu comme ce renard qui m'était apparu et dont l'objectif avait figé l'image et l'apaisement du moment. Parfois les mots ne peuvent décrire l'instant.


La Finlande est loin d'être inerte, simplement sa Laponie est coupée du monde, les caprices du temps glissent sur elle comme la luge du petit Victor. Je savais raisonnablement que les aiguilles de ma montre me rappelleraient à mes expéditions et ce monde trépidant. J'assume cette parenthèse finnoise dans les bras d'Elijas. J'aimais me sentir petite et rassurée en écoutant son cœur, le matin ou ma tête était posée sur son torse, un peu perdue et éperdue dans mes songes de ces nuits passées ensemble.

Natalia poursuivait son périple par étapes devant une carte accrochée au mur. Je la voyais trépigner d'impatience. Chaque punaise rouge représentant une halte à découvrir et tant de nouveaux visages à rencontrer. On ne pouvait capturer Natalia bien longtemps, le petit colibri éprouvait sans cesse cette envie de virevolter et je devais me rendre à l'évidence ma brève pause n'était pas à son goût, bientôt, nous devrons arpenter les chemins.




​Elijas et moi avions passé ces dernières semaines à débusquer de notre zoom les animaux du coin. Je découvrais avec passion la faune pas si endormie, de ces neiges du nord. À la nuit tombée nous regagnons le feu de cheminée et la couette de la cabane, enlacés, nous écoutions avec attendrissement Natalia énumérer nos passages à venir près de ces monuments et villes à consonance suave.

La Russie n'était pourtant pas dans mes périples les plus en vue, mais à écouter mon amie, je ressentais ce vent d'Est me transpercer les côtes et l'irrésistible envie de sillonner ces plaines rouges.

Tantôt, Natalia viendra avec nous en forêt. Les sacs étaient prêts et complétés de marshmallows planqués avec soin par le petit Victor. Ce gamin d'à peine 8 ans avait un sourire d'ange et un air filou. Malgré son âge tendre, la forêt n'avait que très peu de secret pour lui. Victor était le neveu d'Elijas, il observait son oncle dans son travail durant les étés, mais cet hiver Victor souhaitait saisir les neiges éternelles de Laponie, avec nous. J'adorai sa compagnie, il était si vivant et plein d'énergie. Une petite tête blonde merveilleusement remplie qui parlait couramment en plus du finnois l'anglais et le français. Il nous avait rejoint pour les 5 derniers jours de notre voyage.

Évidemment, nous étions coincés depuis quelques semaines à cause des neiges, mais la blancheur de ce pays mystique ne cessait de m'émouvoir. Au-delà de son côté austère, j'apprenais à comprendre le pays et ses légendes. Les histoires du soir partagées avec Victor et son oncle empruntent des allures d'aventures aux pays des elfes, farfadet, des géants et des dieux du nord. Un univers peuplé de légendes obscures et captivantes. C'est comme ça que j'ai pu dévoiler les paysages endiablés des déserts de glace. Au milieu de lacs gelés et de forêts illuminées d'aurore boréale. Elijas n'avait pas son pareil pour conter ces mystères des neiges.

Ma parenthèse prendrait fin avec cette randonnée au cœur des bleus du nord. Les au revoir se précipiteraient encore, pour un nouvel avion dans un baiser volé. Mon dieu nordique passerait pour une unième épopée de Fleur, mais pendant longtemps ma plume, dans mon petit carnet, gribouillait ses souvenirs ineffables. Le souffle de l'Est était fort, beau et rêveur. Il fut mon doux repos et la pointe pimentée qui me manquait.






Comments


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Bonjour Aurore Laplume

Merci d'être là.

Ecrivaine en herbe je sors ma plus belle plume pour vous parler d'un silence, d'une page blanche ou d'un dimanche.

Bonne lecture. 

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