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13 / Endimancher



Revêtir cette robe longue était un plaisir. Un touché délicat, on avait envie de s'y fondre.

De la soie sauvage qui glissait sur mes courbes. L'élégance du bleu sombre était un atout certain pour mes boucles rouquines. Il faut dire que j'avais retourné Paris en petites basquettes pour trouver cette perle. Le jeu en valait la chandelle même si mon porte-monnaie n'était pas de cet avis.


Il est rarissime que je fasse autant de coquetteries, mais des mois étaient passés et le long des troquets parisiens, je rêvassais à ce soir lors de mon arrivée sur la péniche. Quel serait son visage lorsque je m'avancerais dans le salon endimanchée et pomponnée comme une princesse. Est-ce que le rouge de mes lèvres dissimulera le pourpre de mes joues à son regard.


J'aimais réellement Paris à cette époque de l'année. Un mois délicieux de septembre. Mon hôtel du 15e me permettait d'être à deux pas de la Tour Eiffel et de la Seine. À Paris, on peut lézarder en contemplant les toiles des peintres en remontant Montmartre où déguster un petit plaisir sucré près du Louvre, mais tout était toujours en mouvement et délicieusement enivrant les soirs venus, sur les terrasses de Bastille.


On ne connaît pas Paris sans une manif ou une grève des transports, mais apprécier Paris, c'est voir au-delà du raisonnable. C'est le grain de folie d'une ville excitée qui rêve de grandeur et fait les yeux doux aux rêveurs et poètes. C'est participer aux précieux clichés des tourtereaux sur le pont aux mille cadenas, c'est embarquer sur une péniche pour un dimanche soir en amoureux et traverser l'histoire et l'amour. C'est danser pieds nus, une coupe de champagne à la main, sur les quais et avoir ri aux éclats au Théâtre Mogador sur des sièges en velours. Et Paris c'est le spectacle de la vie dans le meilleur et le pire. Ainsi ce soir je savoure dans ma ravissante robe bleue de nuit ce Paris philanthropique qui fait battre mon cœur.




Il était loin le temps frisquet et rude de Saint-Pétersbourg, si le souvenir de ses palais et des marches près du pont de Kamennoostrovsky, sur la Neva glacé, avec Dimitri était encore vif dans mon esprit. Je me demandais néanmoins quel était son souvenir de moi, après ce semestre passé. J'avais aperçu une Russie singulière avec lui. Il m'avait partagé son monde et sa beauté sans emprunter les pas touristiques qu'imposent les premiers jours dans un nouveau pays.


J'avais tout de même parcouru quelques architectures bien connues du public, comme La Cathédrale Saint-Sauveur Sur le Sang Versé qui part ses couleurs chatoyantes dans un ciel sombre vous rappelle la grandeur d’un héritage et son histoire tumultueuse, mais aussi ses peintures minutieusement dorées et délicates que ce pays vous offre à l'œil et l'âme. Le silence de ses nuits et le froid qui s'engouffre dans chaque ouverture étroite. Un pays enchanteur à en pleurer.


Dimitri possédait le cœur russe et les yeux bleus de l'Est, ses cheveux auburn tombaient sur ses fossettes bien marquées et soulignaient son visage fin. Un tatouage remontait sur son cou laissant apparaître la pointe d'une ancre. Lorsqu'il me prenait contre lui pour danser, c'est toute sa douceur et sa force que je sentais me presser.


Devant mon miroir dans cet hôtel je m'emploie à appliquer le pinceau sur ma peau, afin de poudrer mes émotions. Revoir Dimitri et ici à Paris sonnait le romantisme à son paroxysme, mais rien ne devait paraître à mon teint, aussi les boucles d'oreilles en perle noire et un collier doré, me voilà endimanchée de cette robe soyeuse sans mes chaussettes longues, qui l'air de rien me manqueront avec cette petite brise de septembre, sur la péniche qui passerait sous les pierres d'un autre siècle.


Commentaires


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Bonjour Aurore Laplume

Merci d'être là.

Ecrivaine en herbe je sors ma plus belle plume pour vous parler d'un silence, d'une page blanche ou d'un dimanche.

Bonne lecture. 

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